Chargé d’une ardeur rappelant les amants d’une nuit
C’est le vent qui s’engouffre dans la pièce assombrie
Où des heures durant il guettait sans bruit
Cette silhouette qui maintenant s’évanouit
Comme une obsession le poursuivant sans cesse
Comme une crue ne comblant une sécheresse
Comme une drogue le troublant avec tristesse
Comme un coup de foudre le frappant avec rudesse
Au petit matin, se précipitant ver s la fenêtre, endormi
Laissant s’envoler dans la brume son ennui
C’est une émotion étrange pour lui
D’être dans l’oubli ; de la voir au loin qui s’enfuit
Plus puissante que toutes ses illusions bafouées
Plus tenace que ses besoins de liberté
Plus vive dans son esprit que ses blessures cicatrisées
Plus réelle que jamais, cette femme tant fantasmée
Au rythme des heures qui s’écoulent lentement
Aux battements affolés de son cœur, violemment
C’est toute sa vie qu’il a mis en suspens
Jusqu’aux lumières faiblissantes qu’il espère rapidement
Sans jamais imaginer plus loin que le crépuscule
Sans jamais vivre plus loin que ses rêves nocturnes
Sans jamais se lasser de parcourir ses courbes majuscules
Sans jamais qu’elle ne s’aperçoive de cet amant funambule
Et tel un mystère qui révèle ses indices discrets
Dans sa démarche chaloupée, la voici qui réapparaît
Dans les lueurs de la lune qui enfin renaît
Et la voir disparaître derrière cette porte secrète
De la nuit des temps, d’où nous venons
Du bout du monde, où des couples se font
Des lointains horizons que nous ne connaissons
Ce qu’il vit avec déraison s’appelle passion
Caché derrière le carreau, fiévreux, haletant
L’observant se déshabiller sensuellement
De ses formes féminines, son regard se détacher, ne pouvant
L’esprit ailleurs, la moiteur le recouvrant, de la main se caressant
Chassant de lui un lendemain qui sera amertume
Dans une extase le laissant planer comme un plume
Il la fantasme des heures durant et importunes
Comme une créature céleste illuminant la brume
– Marco Bucci –